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Sa vie son oeuvre

Une crise politique, ou comment conjurer contre son roi

Sa vie

Chapitre 7

Une crise politique, ou comment conjurer contre son roi

complot 

         Louis II en 1884 


Les vraies raisons qui conduisirent le gouvernement à déposer le roi ne sont ni d’ordre financier, ni d’ordre médical.

Les finances royales, et non publiques, étaient endettées à la mort de Louis d’environ 14 millions de Marks. Pour combler les déficits de sa caisse privée (autrement dit, l’ensemble de sa fortune personnelle et de ses revenus de souverain), il eut recours à des emprunts dont les remboursements étaient planifiés pour la moitié de cette somme. Toutefois, si ces dettes n’ont pas pu être remboursées plus tôt, c’est uniquement parce que les tentatives du roi dans les années 1884 pour assainir ses finances ont été mises en échec par sa trésorerie, avec l’aval du gouvernement.

Les nombreuses propositions de banquiers et de différents organismes pour aider le roi à planifier les échéances de remboursements, avec des taux qui lui auraient permis d’y voir plus clair, n’ont jamais été transmises par le gouvernement au monarque, ou bien tout simplement détournées. Louis était disposé à faire des économies dans sa vie domestique. Tout ce qu’il voulait, c’était pouvoir mener à bien l’achèvement de ses constructions. De nombreuses solutions auraient pu l’y aider.

Le gouvernement refusa également de lui accorder un prêt sur la caisse pourtant excédentaire de 300 millions de Marks. Pourquoi donc pousser le roi dans ses derniers retranchements ? La réponse est politique.
Il faut affaiblir sa position et l’obliger à abdiquer de lui même en le rendant dépendant financièrement. La folie ne sera que le prétexte pour détruire l’image publique du roi. Il faut que le souverain devienne un objet de scandale afin de le désarmer.

En réalité, Louis, qui jusque là avait toujours favorisé un gouvernement libéral favorable à la Prusse, décida au début des années 80 de changer son orientation politique, en accord avec la nouvelle majorité parlementaire en Bavière de tendance conservatrice. Il voit donc là l’occasion de mener à bien sa réforme. Or, le gouvernement en place ne l’entend pas de cette oreille, pas plus que la Prusse d’ailleurs.

C’est à partir de ce moment que tout bascule pour Louis : dès lors, commence une campagne de dénigrement relayée par la presse où l’on dit tout et n’importe quoi pour préparer l’opinion publique. Tirant parti de l’isolement du roi et d’un entourage corrompu, on agit avec discrétion. De son côté, le prince Luitpold, attendant depuis toujours un signe du destin pour le placer sur le trône, saute sur l’occasion dès que le premier ministre Lutz lui fait part de son désir d’écarter le roi.

Luitpold est un conservateur, mais pour les besoins du complot celui-ci s’allie avec les libéraux. Si Luitpold obtient le pouvoir, cela arrangera tout le monde : avec lui les ultramontains, jusque là mis de côté par Louis II, sont assurés de retrouver une position prédominante, et les libéraux resteront au pouvoir puisqu’il le leur a promis. Il n’a de toutes façons pas le choix car désormais le prince devra rendre ses comptes à Berlin.

Petit à petit, le piège se refermera autour du roi sans qu’il s’en rende compte immédiatement. En 1886, sa décision de remanier au plus vite avant la fin juin son ministère accéléra les choses et signa son arrêt de mort. On fit donc appel au docteur Gudden, directeur de l’asile psychiatrique de Munich pour qu’il rédige et valide un rapport sur la santé mentale de Louis. En effet, il fallait neutraliser le roi au plus vite. Une semaine avant l’arrestation du monarque, ce rapport ne contenait encore aucun élément probant, comme l’atteste une lettre du premier ministre au médecin. On inventa donc en payant grassement ou en menaçant qui de droit; et, pendant que l’on préparait activement la Régence à Munich, une commission d’aliénistes se mit en route pour Neuschwanstein afin de capturer Louis comme un animal.

© Copyright 2015 Elisabeth Fontaine-Bachelier