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Sa vie son oeuvre

Richard Wagner, Louis II et la musique de l’Avenir

Sa vie

Chapitre 2

Richard Wagner,
Louis II et la musique de l’Avenir

wagner
Richard Wagner, photographie
vers 1870 


Louis a depuis longtemps fait la connaissance de Wagner, même si ce n’est qu’à travers ses écrits qu’il connaît presque par cœur. Le musicien a transformé sa vie : la protection et la révélation au monde de cet artiste sera sa mission divine. Tout de suite il faut expliquer les choses : Richard Wagner représente pour le jeune roi le père spirituel dont il a toujours, consciemment ou non, rêvé. Ses aspirations, ses idées sur l’Art, sa vision du monde sont aussi les siennes. C’est à l’âge de 16 ans en 1861 que le premier choc s’est produit en écoutant Lohengrin: le prince en ressentit une véritable transformation. Cette musique, cette harmonie de sons alliée à une poésie qui la transcende, voilà le monde tel qu’il le voudrait… L’univers est là, devant ses yeux éblouis. Il n’aura de cesse dès lors de traquer tout ce qui concerne l’artiste, de près ou de loin, implorant son père de lui permettre à nouveau d’entendre ce miracle.

Une fois roi, Louis fera venir le compositeur à sa cour et le recevra après l’avoir fait chercher jusqu’en Autriche par son conseiller aulique Pfistermeister. La rencontre tant espérée se produira entre les deux génies le 5 mai 1864, au palais royal de Munich. Louis n’a qu’un désir, que l’œuvre du maître éclate au grand jour. Pour cela il lui donnera d’importants moyens, et même plus, son enthousiasme sans limites, envers et contre tout.

Bientôt, en 1865, Tristan et Isolde verra le jour, et Louis suivra cette naissance avec la même fièvre que s’il en avait été le père. D’une certaine façon, l’œuvre de Wagner est aussi la sienne puisque sa clairvoyance et son appui aussi bien moral que financier le mèneront jusqu’au sommet, jusqu’à la consécration après bien des cabales et des trahisons. Oui… Wagner trahira la confiance du roi en voulant lui cacher sa liaison avec Cosima, la femme de son chef d’orchestre von Bülow. En utilisant tous les moyens, y compris le mensonge éhonté pour cacher cette faute dans le but de sauver sa situation, Wagner tombera du piédestal où Louis l’avait placé. Désormais loin de Munich depuis décembre 1865, suite à une campagne qui le força à partir, le musicien n’entretiendra plus que des rapports surtout épistolaires avec son souverain. Celui-ci n’en continuera pourtant pas moins à le soutenir et à sauver plusieurs fois de la faillite l’entreprise bayreuthienne.

Le temple du wagnérisme verra ainsi son inauguration en 1876, grâce à Louis II qui se rendra personnellement deux fois au festival. Il a toujours été faux de prétendre que Wagner avait une quelconque influence politique sur Louis. Le roi ne tolérait pas que quiconque lui dictât ses ordres, ou même qu’on cherchât à le subvertir d’une manière ou d’une autre. Wagner s’y est cependant essayé sous la pression prussienne. Or, Louis II, dès que la question politique était abordée changeait immédiatement de sujet. Les multiples tentatives de Wagner pour que le roi remanie son cabinet échouèrent lamentablement. De plus, ses idées personnelles n’ont jamais souffert d’une influence extérieure.

Lorsque le musicien mourut en février 1883, Louis qui a toujours été visionnaire dira :
 » Cet artiste aujourd’hui pleuré par tous, c’est moi qui l’ait reconnu le premier, je l’ai sauvé pour le monde. « 

Louis a toujours su faire la différence entre l’homme et son œuvre, et c’est pour celle-ci, pour sa survie, que sa générosité s’est exprimée. Il était normal qu’il se rende justice. Enfin, il est primordial de préciser que sans la clairvoyance et la protection de Louis II, ni Tristan et Isolde, ni Les Maîtres Chanteurs, ni la Tétralogie, ni Parsifal n’auraient pu voir le jour.

Comme le reconnaîtra plus tard Wagner, non sans amertume :

« Je dois tout au Roi ; sans lui, je ne serais rien… »

© Copyright 2015 Elisabeth Fontaine-Bachelier

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