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Sa vie son oeuvre

Naissance et jeunesse

Sa vie

Chapitre 1

Naissance et jeunesse

famille

La famille royale de Bavière vers 1850 devant Hohenschwangau, lithographie
en couleur de Erich Correns 


Louis Otto Frédéric Guillaume est né le 25 août 1845 aux alentours de minuit et demi dans une grande chambre du château de Nymphenburg, résidence d’été de la famille royale des Wittelsbach. Son père, Maximilien, n’est encore que le prince héritier, et cela jusqu’en 1848, date de l’abdication du roi Louis Ier, grand-père du nouveau-né. Le frère de Maximilien, le prince Luitpold, se réjouissait jusque là de l’infertilité du couple héritier, car lui, de son côté, était père depuis peu d’un petit garçon prénommé Louis également. Si cette situation se prolongeait, c’est à sa famille que, tôt ou tard, reviendrait le pouvoir. Or, malheureusement pour lui, quelques mois plus tard naquit le futur Louis II. De dépit, à cette nouvelle, l’épouse de Luitpold souleva son fils du berceau et dit : « Aujourd’hui mon fils, tu n’es plus rien ! »

De son côté, la princesse Marie de Bavière, la mère de Louis, est une Hohenzollern, prussienne de naissance. Tous deux forment un couple hétérogène, lui un érudit consciencieux et peu expansif, elle, avide de grands espaces, de nature, toute en simplicité. Ils seront pour le futur Louis II, et pour son frère Otto né en 1848, des parents peu présents, quoique sans aucun doute pétris de bonnes intentions. Lorsque Maximilien sera roi et que son fils aîné deviendra à son tour le prince héritier, il décidera pour lui d’une éducation stricte, ambitieuse, et épuisante : lever à 5h l’été, à 6h l’hiver, petit déjeuner rapide et frugal, puis des heures d’étude à peine ponctuées d’une ou deux heures de détente. Ajoutons à l’instruction théorique et universelle la discipline physique, comme la danse, l’escrime, le maniement des armes, l’équitation, la natation, le dessin, la musique. Tous ces savoirs ennuieront pour la plupart le jeune prince, sauf la littérature, l’histoire, les sciences naturelles, l’histoire religieuse et l’enseignement du français qu’il possédera plus tard à la perfection. Tout cet enseignement ne laisse donc que peu de place aux contacts humains, et en particulier aux rapports filiaux.

Maximilien ne comprend pas son fils aîné qui semble si sensible, qui n’aime que la solitude et par dessus tout l’univers onirique des grandes légendes nordiques. Il ne sait pas lui parler et ne cherche d’ailleurs pas le contact. Quant à Marie, si Louis partage avec elle la passion de l’escalade et de la montagne, il ne peut guère trouver plus de compréhension de son côté, car elle juge ridicule « les envolées » de son fils, comme elle les appelle, ce qui le blesse cruellement. De plus, Otto, son frère, plus ouvert, plus souriant, plus épanoui a sa préférence, et est bien moins compliqué à élever. Louis se replie donc sur lui et développera vis à vis des gens chargés de son éducation, des sentiments souvent bien plus vifs qu’à l’égard de ses parents qu’il craint ou qui l’ennuient.

Louis passera une enfance ponctuée de hauts et de bas dans un cadre pourtant magnifique qui remplira sa vie de manière significative : le site grandiose, l’été, de Hohenschwangau où il vivra grâce aux fresques peintes toutes les grandes sagas mythiques comme Lohengrin, Charlemagne, la Jérusalem délivrée, l’histoire des Hohenstaufen, des Nibelungen. Il s’éveillera littéralement à une vie intérieure qui prendra la place de celle, par trop décevante, du monde extérieur. Louis va grandir, petit à petit, dans ce monde qui l’étouffe et auquel il voudrait donner les dimensions de l’Art.

Il va devenir grand, très grand, très beau, son caractère idéaliste et visionnaire s’affirmera de plus en plus au fur et à mesure de ses lectures de Scott, Schiller et Goethe. Il assimilera tant bien que mal les données théoriques, mais incomplètes, qui ne le préparent pas à son futur métier de roi. Et c’est ainsi que le 10 mars 1864, après une courte maladie encore aujourd’hui suspecte, Maximilien II rendit son dernier soupir à l’âge de seulement 53 ans. Il laisse la couronne dans les mains de son fils Louis, âgé de 18 ans, et armé de la meilleure volonté du monde à défaut d’être préparé comme il se doit à sa lourde charge.

Le règne de Louis II de Bavière commence.

© Copyright 2015 Elisabeth Fontaine-Bachelier