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Sa vie son oeuvre

Louis II et la politique

Sa vie

Chapitre 3

Louis II et la politique

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Louis II en uniforme de général bavarois, vers 1870


Contrairement à l’opinion couramment répandue, Louis II a toujours été un fin politique, lorsque la situation l’exigeait. Il n’était certes pas politique par ambition ou par goût, mais à chaque fois qu’il le fallut, et pour le bien du royaume, Louis prit toujours les décisions les plus avisées. Par ailleurs, rien ne l’écœurait ni ne l’indignait plus que la guerre, car, pacifiste dans l’âme, Louis ne voulait que le bonheur des peuples.

La première crise se produisit en 1866, deux ans après son accession au trône. La Prusse rêvait depuis longtemps, sous la pression de Bismarck, d’exclure l’Autriche de l’alliance germanique, ceci dans le but d’isoler l’empire de François-Joseph et de renforcer l’unité allemande. Or, par tradition, la Bavière est alliée de l’Autriche et doit respecter les traités en combattant la Prusse aux côtés des autrichiens. Louis sait parfaitement que son armée est sous équipée et en nombre insuffisant. La Prusse n’en fera qu’une bouchée, risquant par la suite de maltraiter la Bavière lors d’une unification allemande qui lui paraît inévitable. Louis, contraint et forcé, ordonnera donc la mobilisation le 10 mai 1866, et, désespéré, cherchera l’appui de Wagner en Suisse. Rassuré, il reviendra ouvrir la session du Parlement, puis se rendra dans l’Île des Roses au milieu du lac de Starnberg suivre désormais la suite des opérations.
Il est faux de dire que Louis s’est désintéressé du conflit et du sort du pays. Au contraire, sa fuite à l’Île des Roses, condamnée sévèrement par tout le monde, est une provocation consciente et une opposition déclarée vis à vis de ce qui est en train de se passer. Louis ordonnera toutefois à ses troupes de ne pas opposer une résistance trop farouche aux prussiens. En quittant ainsi la scène officielle et en se plaçant sur un terrain relativement neutre, le roi de Bavière sauve la situation. Il combat la Prusse puisque les traités et sa conviction intime l’y poussent, mais sans toutefois se montrer franchement trop hostile. L’intérêt futur du pays est en jeu. Bismarck en saura gré à Louis, et, obtenant comme prévu la victoire, n’exigera de la Bavière qu’une somme de 30 millions de florins en plus d’une promesse d’alliance. Louis a par son attitude prudente, contrairement à ses généraux, évité un sort trop sévère à la Bavière.
L’unification allemande de 1870 sera donc la conséquence logique de 1866, « la guerre civile » comme l’appellera Louis. Il lui faudra se ranger, conformément aux nouveaux traités, du côté de la Prusse, contre la France. Louis n’a pas le choix, sinon c’en est fait de la Bavière. Mais il lui faudra encore accomplir le pire : offrir la couronne d’ »empereur allemand » à son oncle Guillaume Ier, roi de Prusse. C’est l’ultime condition pour achever l’unification, il faut un principe fédérateur et exécutif en la personne de l’empereur d’Allemagne. Cela signifie donc que les différents royaumes qui composaient le pays devront maintenant rendre tous leurs comptes à l’autorité supérieure de Berlin, manipulée par Bismarck.
Louis, intimement attaché à l’indépendance de son pays et désormais farouchement opposé à la Prusse, n’a qu’une peur : se voir englouti tout entier, lui et son royaume, perdre toute autonomie et tout pouvoir.

« Je ne veux pas être l’ombre d’un roi » dit-il.

Son hostilité est connue à Berlin, et l’on manœuvrera habilement pour obtenir de lui cette signature qu’il sait inévitable. Il exigera en échange que l’on conserve à la Bavière certaines prérogatives lui garantissant une relative indépendance. On les lui accordera. Il est faux de prétendre que le roi s’est laissé corrompre pour signer cette lettre d’offre de la couronne impériale, cela est incompatible avec sa nature et son attitude future ouvertement hostile à la Prusse. De plus, un tel chantage se serait révélé fort dangereux pour Bismarck, risquant de compromettre toute son œuvre d’unification. Ce qui est vrai, c’est qu’à partir de 1871, Louis reçut annuellement, à titre « d’indemnité remboursable », une somme de 300 000 Marks destinée à compenser le sacrifice politique du roi. Auparavant, la Bavière avait officiellement réclamé une forte somme compensatoire à la Prusse qui lui avait été refusée, mais cela n’avait rien de confidentiel et se trouvait être monnaie courante entre états dans ce type de situation.
Guillaume Ier fut donc proclamé « empereur allemand » le 18 janvier 1871 dans la Galerie des Glaces de Versailles en présence de tous les princes allemands, sauf de Louis II, désespéré et furieux. Seul son frère Otto était présent, mortifié lui aussi. Dès lors, Louis II bannira de sa vie et de sa cour tout personnel prussien et étendra cette inimitié à sa mère, Hohenzollern de naissance. Il fuira à partir de maintenant , le plus souvent possible, sa capitale souillée par « l’envahisseur », mais ne cessera jamais pour autant de s’occuper des affaires du royaume.

© Copyright 2015 Elisabeth Fontaine-Bachelier

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