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Sa vie son oeuvre

La mort

Sa vie

Chapitre 8

La mort

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Louis II lors de sa mise en bière, dans la chapelle de la Résidence à Munich

L’assassinat :
complément d’information


Du 9 au 10 juin 1886, la première tentative de capture échoua lamentablement parce que Louis, averti, avait fait arrêter la commission. Détenue dans des conditions confortables, on servit à ces messieurs un repas copieux et on les installa dans les actuels bâtiments administratifs du château. Ils furent libérés peu de temps après, sans que le roi soit au courant. Le comte Dürckheim, dernier fidèle de Louis, arrivé après le départ de la première commission, rédigea avec le monarque, en l’antidatant au 9 juin pour devancer l’annonce de la régence, une proclamation d’appel à ses fidèles. Seul le journal de Bamberg la publia, car tous les moyens de communication étaient déjà sous contrôle. Nous savons par la fille de Dürckheim que le roi n’a jamais demandé de poison durant ce laps de temps. L’information contraire provient du rapport fait par le prince Eulenburg, agent de Bismarck, à la suite de la mort du roi. C’est ce même rapport qui fonde la version officielle du suicide et du meurtre par strangulation. C’est lui qui découvrira, bien des heures plus tard, après de nombreux examens approfondis, les soi-disant marques sur le cou de Gudden et les traces au fond du lac…

La journée du 11 juin se passe pour le roi dans l’angoisse, car Dürckheim vient d’être rappelé à Munich par le ministère de la guerre. Il est désormais seul avec quelques domestiques. La deuxième commission est maintenant arrivée : elle est introduite dans la forteresse, cernée par les gendarmes. On lui annonce que le roi a demandé un dîner dans la Salle des Chanteurs et qu’il va sortir de ses appartements pour s’y rendre. Il n’est pas question d’une fausse version concernant une clé de la tour. Le roi possède un passe pour toutes les portes du château, il n’a donc pas besoin de cette soi-disant clé.

On dira plus tard que Louis désirait s’en emparer pour ensuite se jeter dans le vide. La tour dont il s’agit ne peut être que la petite, servant aux domestiques, et non la grande pour laquelle aucune clé n’est nécessaire. En admettant cela, pourquoi le roi aurait-il attendu cette clé au lieu de se jeter par la première fenêtre venue ? D’autre part, pourquoi monter à l’étage supérieur pour atteindre la porte de la petite tour, au lieu d’emprunter celle qui se trouve sur le palier de ses appartements, puisque l’escalier du bas communique avec celui du haut ? Enfin , il est absurde de se jeter d’une tour qui conduit directement sur les toits, côté gendarmes. C’est donc en se rendant déjeuner que Louis est capturé, alors qu’il s’apprêtait à monter le grand escalier.

On l’emmena rapidement au château de Berg. Le désespoir du début, bien compréhensible, cède la place à l’instinct de survie. L’évasion est déjà prévue depuis que Dürckheim est parti. Avant d’arriver à Munich, il a eu le temps de prévenir les fidèles et de mettre au point les derniers détails. Une fois arrivé à Berg, Louis comprend tout de suite qu’il est considéré comme un individu dangereux car les fenêtres sont grillagées, des judas sont percés dans les portes… Malgré cet isolement, le roi peut encore communiquer avec l’extérieur grâce à des domestiques fidèles qui font passer des messages sous les assiettes remplies.

Louis sait que l’on en veut à sa vie et cherche à connaître tous les détails sur sa surveillance à l’intérieur et à l’extérieur du château. Une première promenade en compagnie de Gudden le 13 juin lui permet de reconnaître les lieux. Ayant enfin convenu d’une seconde excursion dans la soirée, Louis attend désormais de pied ferme.

A 18h45 environ, Gudden et Louis sortent, munis de parapluies parce que le temps est toujours menaçant. Gudden renvoie en aparté ses infirmiers qui s’apprêtaient à les suivre. Ceux-ci les voient s’éloigner et s’enfoncer plus loin vers le lac, en direction de la sortie du parc. Celui-ci est quadrillé par les gendarmes embusqués. Ce jour là, il a été formellement interdit à quiconque dans les environs de s’approcher du château.

Un peu plus loin, une voiture mandatée par Dürckheim attend le roi, ainsi qu’une barque conduite par le pêcheur Lidl, chargé d’emmener Louis, dès qu’il aura sauté à l’eau . Pendant cette nuit de tempête, Hornig et son frère canotent au-delà du lieu stratégique, afin de protéger la fuite du roi.

Il est environ 18h55 lorsque le roi se précipite dans les flots, laissant sur place son médecin – il n’a pas une minute à perdre. Hélas, deux coups de feu partent depuis la pénombre du bois, et Louis s’écroule à plat ventre en travers de la barque de Lidl dans laquelle il s’apprêtait à monter. Effrayé, celui-ci repousse le corps à l’eau et disparaît. Quant à Gudden, son cas est beaucoup complexe que celui du roi. Une chose est certaine, il n’y a pas eu de lutte entre les deux hommes, contrairement à ce qui a été prétendu par Eulenburg dans son fameux rapport. Autre certitude, Gudden est bien mort après le roi. Il est clair que l’on a voulu supprimer un témoin gênant, que celui-ci ait été ou non au courant de la tentative d’évasion de Louis.

De nombreuses questions se posent :

1. Comment expliquer que le roi n’ait pas eu d’eau dans les poumons ? Il n’a donc pu se noyer, ni avoir subi une hydrocution, puisque la mort dans ce dernier cas se produit par noyade.


2
. Si le roi avait tué Gudden et succombé à une crise cardiaque, comment expliquer que personne n’ait rien entendu des cris de détresse de Gudden se débattant, alors que le parc était truffé de gendarmes ? Rappelons que Gudden, en début d’après-midi, avait ordonné à des sentinelles de se poster dissimulées sur le chemin emprunté par lui et le roi (rapport de Zanders). Il apparaît donc impossible que ces gendarmes ne soient pas intervenus immédiatement, comme ils en avaient reçu l’ordre, si une « bagarre » avait véritablement éclaté entre les deux hommes. Pour cette raison la mort du médecin par le roi est impensable, de même qu’une mort naturelle de Louis.

3. Si le roi n’a pas tué Gudden et tout de même succombé à une crise cardiaque, comment expliquer que Gudden n’ait pas donné l’alerte ? Et dans ce cas, comment et surtout pourquoi le médecin serait-il mort ?


4
. Pourquoi les « recherches » des corps n’ont été entreprises qu’à partir de dix heures du soir, alors que les deux hommes devaient être rentrés pour huit heures ?


5
. Pourquoi entreposa t-on les corps durant six heures dans un petit hangar de pêche au lieu de les ramener directement au château ?


6.
Pourquoi n’autorisa t-on pas le médecin, venu en catastrophe, à examiner les corps, déjà recouverts d’un drap ?


7.
Pourquoi les récits concernant le repêchage des corps divergent-ils autant ?


8.
Comment le prince Eulenburg, envoyé de Bismarck, a t-il pu constater le lendemain des traces de strangulation sur le cou de Gudden, alors que des analyses minutieuses n’avaient rien révélé ?


9
. Comment a t-il pu repérer clairement le lendemain matin au fond du lac des traces qu’il déclara être des traces de lutte, alors que la tempête et les recherches avaient déjà tout effacé ?


10
. Pourquoi n’a t-on pas fait l’autopsie de Gudden dans un cas de mort non naturelle ?


11
. Pourquoi les gendarmes Klier et Lauterbach qui patrouillaient dans le parc non loin de Gudden et du roi déclarèrent-ils n’avoir rien vu et rien entendu ?


12
. Pourquoi chercha t-on les deux hommes partout dans le parc, sauf dans la zone où on les avait vu descendre ?


13
. Pourquoi fit-on jurer sous serment aux témoins directs et indirects, de ne rien révéler de ce qu’ils avaient vu ou entendu cette nuit là, sous peine d’exil ou de mort ?


14
. Pourquoi truqua t-on les dépêches parties de Berg le soir du drame ?


15
. Pourquoi la plupart des témoins furent-ils envoyés en exil en Amérique ? Comment expliquer la mort prématurée et mystérieuse des autres ?

Ces questions et nombre d’autres restent toujours sans réponse si l’on veut admettre la thèse officielle. L’assassinat de Louis II de Bavière est en revanche la seule version historiquement plausible.

© Copyright 2015 Elisabeth Fontaine-Bachelier

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