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Sa vie son oeuvre

Fiançailles et amitiés

Sa vie

Chapitre 4

Fiançailles et amitiés

fiance

Sophie et Louis II,
photographie officielle des fiancés,
janvier 1867 


Le roi Louis est resté fiancé à sa cousine Sophie-Charlotte durant dix mois, du mois de janvier 1867 au mois de novembre de la même année. Pourquoi une telle fugacité ? Les réponses sont multiples, mais la cause de la rupture n’est pas, comme on l’a trop souvent et trop hâtivement avancé, la prétendue homosexualité du roi.

Désespéré du départ de Wagner en décembre 1865, Louis eut l’occasion de confier son amertume et de la partager avec sa cousine éloignée Sophie, une amie d’enfance et sœur de l’impératrice Elisabeth. La jeune fille, de deux ans la cadette du roi, partageait son enthousiasme pour le musicien. Ils commencèrent donc à se fréquenter assidûment durant l’année 1866, et à échanger une correspondance suivie. Cette amitié apparut bientôt suspecte à Ludovica, la mère de Sophie. Louis fut alors mis en demeure de se déclarer pour de bon : Sophie ne pouvait plus en effet continuer à fréquenter le roi, car l’on commençait à jaser. Louis, choqué que l’on pût interpréter cette amitié fraternelle autrement écrivit à Sophie pour mettre les choses au point. De son côté, Sophie, poussée par sa mère qui rêvait pour elle d’un tel parti, feignit l’amour envers son cousin et se déclara ouvertement désespérée , laissant entendre qu’elle pourrait entrer dans les ordres. La ruse fit mouche dans le cœur honnête de Louis : profondément attristé à l’idée de perdre cette amitié qui lui était chère, il fit savoir autour de lui que ses sentiments pour Sophie dépassaient le cadre de simples rapports fraternels. Il le crut lui-même sincèrement.

Après tout, que savait-il de l’amour ? Sophie était peut-être la femme qu’il lui fallait. Il finit par admettre cette idée, et les fiançailles furent conclues le 22 janvier 1867. Mais petit à petit, les deux jeunes gens découvrirent qu’ils n’avaient rien à se dire et rien du tout en commun. Louis, qui n’avait jamais aimé Sophie autrement que comme une sœur, comprit vite qu’un mariage serait une hérésie qui les rendrait tous deux malheureux.

Sophie, quant à elle, trahissait le roi de Bavière en entretenant une relation au moins épistolaire et enflammée avec un photographe de la cour, Edgar Hanfstaengl. Leur correspondance publiée il y a quinze ans l’atteste :

« Mon cher Edgar, je t’aime tellement que j’en oublie presque tous mes devoirs envers mon pauvre roi ! »

De nombreux indices laissent penser que le roi fut mis au courant de cette affaire, ce qui lui donna meilleure conscience pour rompre. Même s’il n’aimait pas Sophie, ce qui était réciproque, Louis fut sans aucun doute profondément blessé. Il dira plus tard à l’un de ses domestiques qui allait se marier :

« Ne te marie jamais ! Les femmes sont toutes fausses et traîtresses. »

Louis avait donc dû en faire l’expérience douloureuse. Sophie fut mariée bien vite, à peine un an après la rupture, pour éviter que le scandale de sa relation fût étalé. Elle devint duchesse d’Alençon et mourut, héroïque, dans l’incendie du Bazar de la Charité en 1897, à Paris.

La relation du roi avec la sœur de Sophie, Elisabeth, fut par contre tout autre.
Sissi était âgée de huit ans de plus que son royal cousin, et de ce fait n’entretint que tardivement des rapports suivis et véritablement étroits avec lui. Louis se fâcha avec elle à l’occasion de la rupture de ses fiançailles, mais renoua à la fin des années 1870. Ils découvrirent alors qu’ils partageaient tous deux de nombreux points communs suite aux différentes désillusions qui les avaient accablés. Ils avaient le goût de la solitude, le souci d’éviter le plus possible leurs contemporains qui les jugeaient mal, la poésie de l’âme et une profonde compréhension de l’humanité. Les années 1880 virent naître entre eux une correspondance suivie où ils se donnaient respectivement le nom de l’Aigle et la Mouette.
Leur amour qui resta platonique était fondé avant tout sur une grande communauté d’esprit, même si Elisabeth par moments préférait éviter son cousin, ne comprenant pas qu’il avait à cet instant sans aucun doute un grand besoin d’elle. Sissi fut désespérée par la mort de Louis et accusa, avec raison, la régence d’en être responsable.

Les amitiés du roi allaient aussi bien aux hommes qu’aux femmes, si Louis jugeait l’un ou l’autre digne d’intérêt. Ses relations amicales ne sont pas à confondre avec des amours illicites, il n’en est même pas question. Parmi les connaissances qui marquèrent sa vie il y eut de nombreuses actrices, dont Lila von Buylyowsky avec qui les choses allèrent assez loin et que Louis fréquenta durant six ans. C’est la reine-mère Marie qui signifia son congé à l’actrice en disant que le roi ne se marierait jamais tant que Lila resterait en Bavière.
Si Louis fréquentait plutôt des femmes d’âge mûr, c’est en raison d’une profonde frustration dans sa relation avec sa mère qui ne lui accorda que peu d’intérêt. D’autre part, la mort prématurée de sa nourrice alors qu’il n’était pas encore sevré explique aussi la perturbation dans ses relations féminines. Toute sa vie, Louis eut une soif constante d’affection et la rechercha désespérément. Il tendra consciemment ou non à reconstruire ce lien brisé, et craindra en même temps de trop s’attacher par peur de souffrir.

Du côté des hommes, Joseph Kainz et Richard Hornig (si l’on excepte Wagner) furent sans doute les amitiés les plus marquantes dans la vie du roi : le premier symbolisant une sorte de fils spirituel, l’astreignant à un véritable parcours initiatique sur les traces de Guillaume Tell en Suisse, le deuxième symbolisant plutôt le vassal idéal aux côtés de son seigneur. Il trahira le roi en 1886, livrant de faux témoignages, soumis à la pression gouvernementale. Il essaiera de se racheter en participant à la tentative d’évasion du roi.

© Copyright 2015 Elisabeth Fontaine-Bachelier

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